Soumission chimique en France : les chiffres 2024 et ce qu'ils révèlent

Victimes, auteurs, substances, lieux : les derniers chiffres officiels de la soumission chimique en France (enquête 2024) et ce qu'ils changent pour la prévention.

Soumission chimique en France : les chiffres 2024 et ce qu'ils révèlent

En 2024, l'enquête nationale coordonnée sous l'égide de l'ANSM a recensé 1 377 signalements suspects d'agressions facilitées par les substances, soit 30,4 % de plus qu'en 2023. Parmi eux, 140 cas sont qualifiés de soumission chimique « vraisemblable », le niveau de preuve le plus élevé. Les victimes sont surtout des femmes jeunes (85,7 %, âge médian de 24 ans). Contrairement à une idée reçue, ces soumissions chimiques ont lieu le plus souvent dans un cadre privé, par une personne que la victime connaît, et avec des médicaments sédatifs plutôt qu'avec du GHB. Voici ce que disent ces chiffres, et ce qu'ils ne disent pas.

D'où viennent les chiffres de la soumission chimique ?

La principale source française est l'enquête nationale « Soumission chimique », menée chaque année depuis 2003 par le centre d'addictovigilance de Paris (CEIP-A), sous l'égide de l'ANSM. Les cas sont recueillis de façon anonyme auprès des services de médecine légale, des laboratoires de toxicologie, de la police et de la gendarmerie, des urgences, des centres antipoison et du CRAFS (Centre de référence sur les agressions facilitées par les substances).

L'enquête distingue plusieurs situations, regroupées sous le terme d'agressions facilitées par les substances :

  • la soumission chimique : une substance psychoactive est administrée à la victime à son insu ou sous la menace, dans un but criminel ou délictuel ;
  • la vulnérabilité chimique : la victime a consommé volontairement une substance (alcool, cannabis, médicament…) et l'agresseur profite de son état de fragilité.

Une soumission chimique est dite « vraisemblable » lorsque trois éléments sont réunis : une agression documentée (plainte ou témoignage), une substance non prescrite ou non habituelle identifiée par une méthode d'analyse fiable, et des symptômes compatibles avec les effets de cette substance. Lorsque l'un de ces éléments manque, le cas est classé comme « possible ».

Les chiffres clés de l'enquête 2024

Catégorie Nombre de cas en 2024 Part du total
Signalements suspects (total) 1 377 100 %
Soumissions chimiques possibles 905 66 %
Soumissions chimiques vraisemblables 140 10 %
Vulnérabilités chimiques 332 24 %

Ces chiffres ont été publiés par l'ANSM en juillet 2026. Il y a toujours un décalage d'environ deux ans entre l'année étudiée et la parution des résultats.

Une hausse continue des signalements

Le nombre de soumissions chimiques vraisemblables augmente presque chaque année depuis 2018 :

Année des faits Soumissions chimiques vraisemblables
2017 68
2018 38
2019 53
2020 60
2021 82
2022 97
2023 104
2024 140

Faut-il en conclure que la soumission chimique progresse ? Pas forcément. Le rapport 2024 relie la hausse des signalements au contexte sociétal, politique et médiatique, qui pousse davantage de victimes à se manifester. Signe de cette libération de la parole : 16,4 % des signalements de 2024 concernaient des faits anciens, contre 7,1 % en 2023 et 5,3 % en 2022.

L'année 2022 est particulière : 2 197 suspicions avaient été recueillies, en grande partie à cause de la vague d'alertes sur les piqûres en soirée. Près de 800 signalements liés à des piqûres (797) ont été traités à part et écartés de l'analyse principale. Nous revenons sur ce sujet dans notre article sur les piqûres sauvages.

Qui sont les victimes ?

  • 85,7 % de femmes parmi les victimes de soumission chimique vraisemblable en 2024 (120 sur 140), et 91,9 % parmi les victimes de vulnérabilité chimique.
  • Un âge médian de 24 ans, avec des victimes âgées de 1 à 69 ans.
  • 36 mineurs, dont 24 enfants de moins de 15 ans.

Les hommes représentent donc environ une victime sur sept. La soumission chimique concerne majoritairement les femmes, mais elle peut toucher tout le monde, à tout âge.

Où ont lieu les agressions, et par qui ?

C'est l'un des enseignements les plus importants de l'enquête, et il bouscule l'image de l'inconnu qui verse une drogue dans un verre en boîte de nuit :

  • dans les soumissions chimiques vraisemblables, la substance a été administrée dans un cadre privé dans 53,6 % des cas renseignés ;
  • l'agresseur était connu de la victime dans 75,7 % des cas renseignés ;
  • chez les enfants de moins de 15 ans, l'agresseur était un proche ou une connaissance dans 13 cas sur 15.

Le milieu festif reste pourtant très présent : il concerne 56,5 % de l'ensemble des agressions facilitées par les substances, et 69,7 % des situations de vulnérabilité chimique, où l'alcool consommé volontairement domine. Tous cas confondus, les agresseurs sont des hommes dans 96,4 % des cas renseignés.

La place du cadre privé fait l'objet d'un article dédié : soumission chimique dans l'entourage, quand l'auteur est un proche.

Quelles substances sont utilisées ?

  • Les médicaments sédatifs représentent 59,6 % des substances mentionnées. Le bromazépam, l'hydroxyzine, la zopiclone et le tramadol sont les plus cités.
  • Les substances non médicamenteuses représentent 40,4 % des mentions, avec en tête les stimulants. La MDMA est, pour la quatrième année consécutive, le principal agent de soumission chimique pris isolément.
  • Dans les cas de vulnérabilité chimique, l'alcool arrive largement en tête, devant le cannabis et le protoxyde d'azote.

Le GHB, souvent appelé « drogue du violeur », n'est donc pas la substance la plus fréquente dans les cas recensés. Il reste dangereux, notamment en raison de sa détection très courte. Pour en savoir plus, consultez notre article sur les effets du GHB.

Le mode d'administration le plus fréquent chez l'adulte reste la boisson alcoolisée (44,8 % des soumissions chimiques vraisemblables), devant les boissons non alcoolisées et la nourriture.

Quelles agressions et quelles conséquences ?

Dans les soumissions chimiques vraisemblables, les agressions sexuelles sont de loin les plus fréquentes (62,9 % des mentions). Viennent ensuite les violences physiques, la « maltraitance chimique », les vols, les séquestrations ou les atteintes à la vie privée.

Sur le plan médical, près de deux victimes sur trois présentaient une amnésie (94 cas sur 140), et environ une sur cinq des traces de violences physiques. Ces trous de mémoire expliquent pourquoi tant de victimes doutent de ce qu'elles ont vécu. Les signes à connaître sont détaillés dans notre article sur les symptômes de la soumission chimique.

Pourquoi ces chiffres sous-estiment la réalité

Ces données ne mesurent que les cas signalés. Le rapport remis au Gouvernement en mai 2025 par la députée Sandrine Josso et la sénatrice Véronique Guillotin qualifie les chiffres officiels d'« estimation infinitésimale » des situations réelles, pour plusieurs raisons :

  • l'amnésie empêche de nombreuses victimes de comprendre ce qui leur est arrivé ;
  • la plupart des substances disparaissent de l'organisme en quelques heures ou quelques jours ;
  • les prélèvements ne sont pas toujours accessibles rapidement, à toute heure.

Depuis le 1er janvier 2026, une expérimentation permet, dans plusieurs territoires, de faire des analyses toxicologiques remboursées sans avoir à porter plainte. Elle devrait améliorer la détection dans les prochaines années.

Ce que ces chiffres changent pour la prévention

Ces données invitent à élargir notre regard :

  • En soirée, le verre reste le principal mode d'administration chez l'adulte. Garder sa boisson en vue, ne pas accepter un verre dont on n'a pas vu la préparation et veiller les uns sur les autres restent des réflexes utiles. Une protection comme le chouchou anti-drogue peut y ajouter une barrière physique au-dessus du verre, sans détecter de substance ni remplacer la vigilance.
  • Dans le cadre privé, la prévention passe surtout par l'information : connaître les signes, oser en parler et savoir où demander de l'aide.
  • Pour les professionnels (bars, organisateurs, BDE), former les équipes à repérer une personne en difficulté et à réagir fait partie des leviers les plus efficaces. Notre guide pour les bars et boîtes de nuit détaille ces mesures.

Pour une vue d'ensemble (définition, loi, démarches), consultez notre guide complet sur la soumission chimique.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de cas de soumission chimique en France chaque année ?

En 2024, l'enquête nationale a recensé 1 377 signalements suspects, dont 140 soumissions chimiques vraisemblables. Ce sont des cas signalés : le nombre réel de victimes est très probablement plus élevé.

Le GHB est-il la drogue la plus utilisée ?

Non. Dans les cas recensés, les médicaments sédatifs représentent près de 60 % des substances, et la MDMA est la substance la plus souvent identifiée lorsqu'on les considère une par une.

Les hommes peuvent-ils être victimes ?

Oui. En 2024, environ une victime de soumission chimique vraisemblable sur sept était un homme.

Sources

Article mis à jour en novembre 2026 à partir des données publiées par l'ANSM. Les pourcentages portent sur les cas pour lesquels l'information était disponible.
Illustration générée par IA. 

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